Écoute  musicale  n° 76    Mel Bonis
Écoute musicale n° 76 Mel Bonis

Écoute musicale n° 76 Mel Bonis

Mel Bonis (1858-1937)

Mel Bonis (1858–1937) est une compositrice française post-romantique, formée au Conservatoire de Paris auprès de César Franck. Malgré les obstacles imposés aux femmes de son époque, elle compose plus de 300 œuvres – pièces pour piano, musique de chambre, œuvres chorales et religieuses.

Son style, à la fois lyrique, raffiné et profondément expressif, reste longtemps oublié avant d’être redécouvert à la fin du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, Mel Bonis est reconnue comme l’une des grandes compositrices françaises de son temps.


Écoutes brèves

Diverses œuvres pour Piano * par Laurent Martin (2007)
Sélection vocale : Villanelle / Le chat sur le toit / Adoro Te
Musique de chambre : Scènes de la forêt

Œuvres pour Piano

Cinq pièces pour piano – Opus 11 (1889)

00:00 1. Gai Printemps – 02:12 2. Romance sans paroles – 05:08 3. Menuet – 08:06 4. Eglogue – 10:39 5. Papillons
Harald Meyer, Piano

Pensées d’automne (1894)

Claudine Simon, Piano

Méditation – Op. 33, No. 1 (1905)

Tatiana Pichkaeva, Piano solo

La cathédrale blessée – Op. 107 (1915)

Laurent Martin, Piano (2007)

6 Valses-Caprices – Op. 87 (1911)

0:00 I. Moderato 1:08 II. Vivo 1:50 III. Poco lento 3:26 IV. 4:35 V. Poco lento 6:02 VI. Vivo
Claudine Simon & Laurent Martin, Piano à 4 mains

Sévilliana – Op.125 (1928)

Maria Stembolskaia, Piano

6 Pièces à 4 mains pour piano dont deux mains très faciles – Op.130 (1930)

1. Caravane 2. Andante religioso 3. Carillon de fête 4. À Matines 5. Habanera 6. Minuit sonne à la Grosse Horloge
Roberto Prosseda & Alessandra Ammara, Piano à 4 mains

Femmes de légende * 7 pièces pour Piano

00:00 1. Melisande 02:40 2. Desdemona 05:30 3. Ophelia 09:46 4. Viviane 12:43 5. Phoebe 15:19 6. Salome 19:32 7. Omphale
Elena Fischer-Dieskau, Piano (2024)


Musique de chambre

Scènes de la forêt (1928)

00:00 Nocturne – 03:40 À l’aube 07:30 Invocation 10:09 Pour Artémis / Version originale : Tatjana Ruhland, Flûte – Wolfgang Wipfler, Cor – Florian Wiek, Piano

00:00 I. Nocturne – 03:21 II. A l’aube – 07:15 III. Invocation – 10:11 IV. Pour Artémis
Adaptation pour Flûte, Alto et Harpe : Trio Zerline

Méditation – Op. 33 n°1

Raphaela Gromes, Violoncelle – Julian Riem, Piano

Soir ! Matin ! Op.76 (1907)

Trio Sōra : Pauline Chenais, piano – Fanny Fheodoroff, violon – Angèle Legasa, violoncelle

Femmes de légende : Le Songe de Cléopâtre * Op. 180 (1909)

Orchestre national de Metz – David Reiland, Direction (2023)

Version pour Piano à quatre mains – Duo Ondine

Sonate pour Flûte et Piano – Op. 64 (1904)

1. Andantino con moto – 2. Scherzo vivace – 3. Adagio – 4. Finale moderato
Felix Renggli, Flûte & Jan Schultsz, Piano (1997)

Sonate pour Violoncelle et Piano – Op. 67 (1905)

00:12 I. Moderato, quasi andante 07:39 II. Très lent 12:18 III. Final: Moderato molto
Thomas Blees, Violoncelle – Maria Bergmann, Piano

Quatuor avec Piano Op. 69 n°1

1. Moderato Intermezzo. 2. Allegretto tranquillo 3. Andante 4. Final. Allegro ma non troppo
Dvorak Piano Quartet : Slávka Vernerová, Piano – Štěpán Pražák, Violon – Petr Verner, Alto – Jan Žďánský, Violoncelle

Septuor Fantaisie ou Concerto * – Op. 72 (1906)

Elisa Tomellini, Piano – Elisabet Franch & Valeria Marsheva, Flûtes – Sarah Cross & Katia Calabrese, Violons – Claudia Brancaccio, Alto – Francesca Fiore, Violoncelle


Œuvres pour Orgue, par Georges Lartigau

Andante religioso – Op. 173
Offertoire – Op. 182

Œuvres pour voix et chœur

Villanelle – op. 4

Mélodie sur une poésie de Amédée Landély Hettich
Marta Bonet, Soprano & Imma Trepat, Piano (2023)

Le chat sur le toit – Op. 93 (1912)

Mélodie sur une poésie de Robert du Costal
Duo Nuvoletta : Clara Barbier Serrano, Soprano & Joanna Kacperek, Piano (2025)

Adoro Te – Op.150 (1933)

La Sportelle :
Laetitia Corcelle, soprano – Anne Bertin-Hugault, mezzo-soprano – Steve Zheng, ténor – Cédric Baillergeau, baryton

Ave Verum – Op.166

Avec Ensemble à cordes : Kantorei Dreiklang & Sinfonietta Wuppertal – Eva Caspari, Direction (2024)

Version a cappella donnée lors d’une messe en latin aux USA
Chœur de la paroisse

Kyrie

Choeur Universitaire de Grenoble
Anne Laffilhe, Direction – Nicolas Fehrenbach, Piano

Cantique de Jean Racine – Op.144 (1934)

* Pour en savoir plus…

Diverses œuvres pour piano

0:00 : Desdémona, op.101 2:46 : Berceuse, Op.23 5:47 : Méditation, Op.33 8:51 : Interlude et valse lente, Op.38, No.1 12:31 : L’Ange gardien, Op.posthume 99 15:30 : La cathédrale blessée, Op.107 22:22 : Une flûte soupire Op.117 24:14 : Berceuse triste Op.118
Laurent Martin, dont j’apprécie particulièrement la délicatesse du toucher… Piano (2007)

Le Songe de Cléopâtre

Parmi les œuvres les plus énigmatiques de Mel Bonis figure Le Songe de Cléopâtre, composée vers 1909, qui se distingue par son atmosphère onirique et ses harmonies exotiques sans jamais tomber dans un quelconque pastiche orientaliste. Cette œuvre fait partie d’un corpus que la compositrice a écrit en hommage aux grandes héroïnes de la mythologie : Mélisande, Ophélie, Viviane, Desdémone, Phœbé, Salomé… Elles sont autant d’interprétations de la place des femmes et de ce qu’elles représentent dans l’histoire de l’humanité. Dans Le Songe de Cléopâtre, Bonis propose une vision intériorisée de la figure de la reine égyptienne, loin des clichés, rêveuse plutôt que séductrice, bâtie sur des cellules rythmiques obsédantes et des modes empruntés à la tradition liturgique chrétienne. Elle en compose une version pour orchestre ainsi qu’une transcription pour piano à quatre mains, certainement pour faciliter sa diffusion ou permettre une exécution en salon. La version orchestrale est restée inédite de son vivant et n’a été publiée qu’en 2018 par Furore Verlag. Cette partition combine avec beaucoup de subtilité volubilité mélodique chez les bois et tapis harmonique mouvant chez les cordes.

Femmes de légende (1909-1925)

Phœbé, op. 30 – Viviane, op. 80 – Omphale, op. 86 – Salomé, op. 100/1 – Desdémona, op. 101 – Mélisande, op. 109 – Ophélie, op. 165/1

En 2003, Christine Géliot regroupa sous le titre de Femmes de légende sept pièces pour piano composées sur une quinzaine d’années. PhœbéViviane et Salomé étaient parus en 1909 chez Leduc, éditeur qui publia également Desdémona en 1913, puis Mélisande en 1925 (qui daterait en fait de 1898). Omphale, en revanche, entra au catalogue de Simrock en 1910, après avoir été sélectionnée pour le concours organisé par le périodique berlinois Signale für die musikalische WeltOphélie, composée en 1909, mais restée inédite du vivant de la compositrice, fut publiée par Armiane en 1998. Signalons qu’il existe aussi une version orchestrale de Salomé et d’Ophélie. Bien que Mel Bonis n’ait pas envisagé ces pièces comme un cycle, elle n’en a pas moins choisi des sujets invitant à les regrouper. Sans doute s’est-elle projetée sur ces figures féminines issues de la mythologie antique, de légendes ou d’œuvres théâtrales. Elle les caractérise avec une poésie très personnelle, dans ces pièces qui sont à placer au sommet de sa production pianistique : Phœbé et Mélisande rêvent dans un climat nocturne, Desdémona épanche sa mélancolie du bout des lèvres et Ophélie semble flotter sur l’onde qui l’engloutira. À l’opposé de ces femmes évanescentes, souvent victimes des égarements masculins, voici les créatures charmeuses : Viviane danse avec une vivacité primesautière, tandis que la sensuelle et mystérieuse Salomé se comporte de manière plus impulsive (on songe à l’héroïne de Strauss dont l’opéra avait été représenté à Paris en 1907) et qu’Omphale déploie tous les artifices de la séduction, entre cajoleries capricieuses et embrasements passionnés.

Source : Palazzetto Bru Zane

Septuor Fantaisie ou Concerto – Op. 72 (1906)
Composition

Mel Bonis compose sa Fantaisie en 1906. Il existe deux formes : l’une pour septuor pour piano, deux flûtes, deux violons, alto et violoncelle, l’autre pour piano et orchestre. La version pour septuor a été publiée à titre posthume par Kossack en 2003 sous le titre « Septett ». La version pour piano et orchestre a été reconstituée par Yves Henry en 2014. L’œuvre semblait initialement dédiée au pianiste Camille Decreus, ce dernier défendant la compositrice au concert dès 1905. Une lettre de 1906 atteste que ce dernier a eu la Fantaisie entre les mains.

Structure

La Fantaisie est une œuvre qui peut être soit en un soit en quatre mouvements qui s’enchaînent, voire, pour François de Médicis, les deux en même temps. Steven Vande Moortele considère que l’œuvre est de forme sonate bidimensionnelle. L’œuvre présente les sections caractéristiques d’un mouvement de forme sonate, mais est aussi divisée en plusieurs sections, suggérant par les changements de tempo, de caractère, de tonalité, l’enchaînement des différents mouvements d’une œuvre instrumentale classique.

Il en ressort que la Fantaisie, dans son état actuel pourrait être constituée de quatre sections :

  1. un premier mouvement en ré bémol majeur, de tempo modéré
  2. un scherzo en ré majeur
  3. un mouvement lent en la majeur
  4. un final très rapide, en ré bémol majeur.

Cependant, à l’origine, elle était conçue en trois mouvements. La refonte de la Fantaisie entre 1906 et 1910 laisse supposer que cela aurait pu se faire au moment des cours suivis auprès de Charles Koechlin. Cependant, vu la critique qu’il en fait dans La Chronique des arts et de la curiosité, il est peu probable qu’il y ait été associé.

Analyse

L’œuvre, dans sa version pour orchestre, est en trois mouvements qui s’enchaînent et s’interpénètrent. Les mouvements s’échangent et combinent les thèmes avec une indépendance qui n’est point exclusive d’un grand souci d’ensemble et d’unité. Le piano s’y garde d’afficher une virtuosité agressive et l’orchestre, d’une couleur volontairement estompée y tient une place volontiers prépondérante. Charles Koechlin rapproche, dans La Chronique des arts et de la curiosité, des Variations symphoniques pour piano et orchestre de César Franck ou encore de la Ballade pour piano et orchestre de Gabriel Fauré. L’œuvre fait partie du genre de la tradition classique. Elle fait usage de la transformation thématique.

La Fantaisie adopte un patron similaire à la Wanderer-Fantasie, ou même encore de la Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains de Franz Schubert. Pour François de Médicis, l’usage du terme « Fantaisie » pourrait indiquer un hommage voire une filiation entre Schubert et Bonis. De plus, les trois fantaisies introduisent un mouvement interne écrit dans une tonalité éloignée et plutôt rare, un demi-ton au-dessus du ton principal.

Dans sa Fantaisie en septuor, la compositrice exploite également les traits de tierces et de sixtes alternées, tout comme dans le Quatuor avec piano no 1.

Réception

L’œuvre est jouée pour la première fois dans sa version orchestrale le 30 janvier 1910, sous la direction de Gabriel Pierné, avec Mme Henri Deblauwe au piano. Louis Perret, critique à L’Aurore, écrit que « Mme Mel-Bonis est incontestablement une excellente musicienne. Elle sait, et sait bien, ce qui est appréciable à une époque où tant de gens qui ignorent la musique se mêlent d’en écrire. ». L’auteur dit aussi que « La Fantaisie en ré bémol est honnête, correcte ; elle a des moments de jolie sensibilité ; elle se garde, nous dit le programme, « de violences inutiles et d’éclats intempestifs » ; elle se garde avec un soin égal d’une trop grande originalité. C’est de la musique « comme il faut », qui tient à ne pas se faire remarquer. » Enfin, il souligne que « Le talent délicat et précis de l’interprète, Mme Henri Deblauwe, a bien servi l’œuvre de Mme Mel-Bonis, que la majorité du public a accueillie avec courtoisie. ». Plusieurs autres journaux parlent de ce concert, comme Les Annales du théâtre et de la musique, qui présente la compositrice comme « l’une des meilleures élèves de Massenet », alors qu’elle n’a jamais été élève de Jules Massenet.

La Revue musicale de Lyon fait aussi la critique de ce concert, de façon peu élogieuse : « Le pire était représenté, lui aussi, par un concerto de piano de Madame (car il paraît que c’est une dame) Mel-Bonis. Que n’aurions-nous donné, à ce moment, pour entendre les grondements torrentiels de la Seine se répercutant sous les voûtes du Métropolitain… Seuls quelques murmures sifflants volèrent sur nos têtes à la fin de cette pénible audition et l’on passa à un autre divertissement. ». Le lien entre l’interprétation de la Fantaisie et les sifflets qu’elle a reçu s’inscrit dans le contexte de la « Guerre du concerto », et est explicité par l’article du Figaro : « Rien ne ressemblait moins à un concerto, dans l’acception fâcheuse du terme.
Et les concertophobes qui fréquentent le Châtelet pouvaient, sans déchoir, demeurer hier dans le silence. Ils ne le firent point. ».

Charles Koechlin explique même que l’œuvre de Mel Bonis, si elle n’égale les maîtres « tels que Franck, M. Fauré, M. d’Indy, M. Saint-Saëns », est très distinguée, très musicale, pleine de jolis détails, et par moments avec une réelle sensibilité. Le reste de la critique se partage entre commentaires polis mais peu enthousiastes et piques acerbes. À la suite de cette pauvre réussite, la compositrice semble avoir une période d’incertitude. Cependant, elle n’arrête pas de composer, puisque plusieurs autres œuvres suivront, mais on ne sait pas si elle a jamais retouché au genre symphonique.

La Fantaisie a été jouée, sous sa forme pour septuor, au château de Morsbroich, à Leverkusen, en 1998, en coopération avec la Société franco-allemande. Elle est jouée à nouveau sous la même forme le 8 mars 2022 au Théâtre des Champs Elysées à Paris.

Source : Wikipédia