Betsy Jolas (*1926)
Betsy Jolas (née le 5 août 1926 à Paris) est une compositrice franco-américaine majeure de la musique contemporaine. Fille de l’écrivain Eugène Jolas, elle grandit entre la France et les États-Unis avant de revenir à Paris pour étudier au Conservatoire, notamment auprès de Darius Milhaud et Olivier Messiaen.
Son œuvre, riche et variée, comprend musique de chambre, œuvres vocales, pièces orchestrales et théâtre musical. Elle se distingue par une attention particulière à la voix, au timbre et à la polyphonie, sans s’inscrire dans un système unique.

Professeure influente au Conservatoire de Paris et dans de nombreuses universités américaines, elle a marqué plusieurs générations de compositeurs. Elle est toujours en vie et demeure une figure essentielle de la création musicale contemporaine.
Années 1960/80 : Modernité et affirmation du langage personnel
Motet II – Pour chœur de 12 voix mixtes, solo Hautbois basse et Orchestre (1965)
Dialogue entre tradition vocale sacrée et langage contemporain.
Groupe vocal de France – Orchestre philharmonique des Pays de la Loire – Claude Bardon, Direction


J’appelle l’éboulement
(Dans sa clarté tu es nue)
Et la dislocation du livre
Parmi l’arrachement des pierres.
Je dors pour que le sang qui manque à ton supplice, Lutte avec les arômes, les genêts, le torrent
De ma montagne ennemie.
Je marche interminablement.
Je marche pour altérer quelque chose de pur,
Cet oiseau aveugle à mon poing
Ou ce trop clair visage entrevu
À distance d’un jet de pierres.
J’écris pour enfouir mon or,
Pour fermer les yeux.
(Jacques Dupin, « La soif », in Gravir, 1963)
J. D. E. pour 14 instruments (1966)
Ensemble Ars Nova Marius Constant, Direction
Prenez le temps d’écouter cette pièce les yeux fermés, puis réécoutez-la en suivant la partition… Bon voyage !
D’un opéra de voyage (1967)
Orchestre du Domaine musical – Gilbert Amy, direction. Enregistrement réalisé en 1969.

Sonate à 12, pour 12 voix solistes (1970)
Solistes des Chœurs de l’ORTF Marcel Couraud, Direction (première mondiale, april 1971)
Fusain (1971) – Pour un flûtiste
Pierre-Yves Artaud, dédicataire de la pièce, piccolo et flûte basse
Voir la partition ici.
Années 1980/2000
Raffinement orchestral et maturité stylistique ; grande maîtrise formelle, clarté du geste, subtilité orchestrale.
Musique de chambre
10. Le Cyclope (1986)
11. Signets (1987) – pour flûte solo
→ Théâtre musical poétique et dense.
→ Miniature expressive, très concentrée.
Piano & Alto
Quatre duos (1979) – par Géraldine Dutroncy, Piano & Laurent Camatte, Alto (2012)
1. L’ardente
3. La toute-vive
2. L’interdite
4. La grande Irenée
Épisode sixième
Laurent Camatte, Alto
Ruht wohl
Géraldine Dutroncy, Piano – Laurent Camatte, Alto
Piano
Tango si (1984)
Christelle Abinasr
Pièce pour … (1997)
Roberto Boschelli (2020)
Le coin des écoutes comparatives
Plutôt que de comparer des interprétations, j’ai choisi volontairement une pièce assez longue pour vous inviter à vous laisser porter par le piano.Vous pouvez même écouter les 4 versions à la suite !
B for Sonata – pour Piano (1973)
Claude Helffer (1978)
Géraldine Dutroncy (2012)
Artis Wodehouse (1984)
James W. Iman (2024)
Années 2000/2026
* A Little Summer Suite (2015)
Œuvre lumineuse, accessible, très fine orchestration.
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🎼 Années 2000 : Liberté formelle et intimité sonore
Style : économie de moyens, écoute de l’instrument, formes ouvertes.
14. Quatuor à cordes n°3 (2001)
→ Écriture de texture, gestes fragmentés, respiration musicale.
15. Figures du silence (2006) – pour voix et ensemble
→ Travail sur le souffle, la suspension, la voix murmurée.
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🎼 Années 2010–2026 : Épure, mémoire, voix intérieure
Style : grande sobriété, profondeur expressive, écriture très personnelle.
16. Quatuor à cordes n°4 (2010)
→ Écriture dépouillée, tension contenue, forme organique.
Hommages
Lassus-Fantaisie: Ô doux parler (2016)
Thélème · XASAX
* Ah ! Haydn (2007) – pour trio : piano, violon et violoncelle
Haydn Trio Eisenstadt (2009)
Signets, hommage à Maurice Ravel (1987)
Bertrand Chamayou, Piano (2025)
* Ô Bach ! (2007)
Katie Leung, Piano (2017)
Letters from Bachville pour orchestre (2019)
Boston Symphony Orchestra – Andris Nelsons, Direction
Postlude (2005) – Hommage à Claude Helffer
* bTunes pour orchestre (2021)
Première mondiale, 05 September 2022, BBC Proms ’22
Nicolas Hodges, Piano – BBC Symphony Orchestra – Karina Canellakis, Direction
* Pour en savoir plus…
Ô Bach ! (2007)
Ô Bach ! a été composé pour le Concours Long-Thibaud 2007 et s’inspire des premières notes de la Toccata, BWV 564, de J.S. Bach, que Jolas a apprise lors de ses études d’orgue aux États-Unis. La pièce est entièrement construite à partir d’éléments de cette toccata, mais ceux-ci ont été manipulés à tel point qu’ils sont méconnaissables pour l’auditeur.
Ah ! Haydn (2007)
Elle a été écrite à l’occasion du bicentenaire de la mort de Joseph Haydn (2009) et créée le 19 mars 2009 à l’Auditorium du Louvre à Paris par le Haydn Trio Eisenstadt.
Dialogue avec l’histoire, humour subtil, clarté formelle.
A Little Summer Suite (2015)
Ces derniers temps, dans la plupart de mes œuvres, je joue avec la notion de « musique errante », c’est-à-dire une musique qui semble sans but et qui pourrait atterrir n’importe où, n’importe quand. Ce concept, qui s’inspire évidemment du célèbre tableau d’exposition de Moussorgsky, est à l’origine de la structure en sept mouvements de ma petite suite estivale : une promenade en quatre parties, intitulées « loin, autour, sous et chez soi », menant à trois moments clairement identifiés et assez stables, intitulés « coups et horloges, secousses et tremblements, chants et acclamations »
Betsy Jolas (2016)
bTunes (2021)
Au fil des années qui passent et à mesure que je vieillis, je me surprends à repenser à des périodes de plus en plus longues de ma vie qui semblait interminable, remontant parfois jusqu’à ma petite enfance. Mais je réalise aujourd’hui que cette vue d’ensemble impressionnante m’a considérablement aidée à comprendre le monde dans lequel je vis aujourd’hui, près d’un siècle plus tard.
Pour parler principalement de musique, à 96 ans, je suis pratiquement la dernière de ma génération, puisque la plupart de mes grands collègues ont malheureusement quitté ce monde. J’ai eu la chance de bien connaître personnellement bon nombre d’entre eux et je suis aujourd’hui constamment sollicitée pour « témoigner » des mouvements musicaux désormais historiques que beaucoup d’entre eux représentent. Et bien sûr, j’accepte toujours cette tâche, car j’ai suivi ces tendances avec beaucoup d’intérêt, guidée comme d’habitude par ma curiosité naturelle.
Bien que je ne sois jamais devenue disciple d’aucun d’entre eux, la vieillesse n’a heureusement pas diminué ma curiosité et m’aide encore aujourd’hui à évaluer la situation. J’ai ainsi remarqué ces dernières années que l’attention que la plupart des gens accordent à la musique a considérablement diminuée, pour atteindre à peine 10 secondes. Cette observation se reflète dans une grande partie de ma musique, mais seulement, comme d’habitude, après avoir été passée par ce que j’appelle mon « filtre personnel ». J’aime ensuite trouver un titre suggestif pour aider l’auditeur à trouver son chemin.
J’ai suivi cette direction aujourd’hui en choisissant le titre de mon nouveau concerto pour piano et je suis consciente que la première prévue au célèbre festival des Proms de Londres de 2022 (que je vais également découvrir) a eu une influence considérable sur cette quête.
Le titre « bTunes » que j’ai finalement choisi pour ce concerto est évidemment emprunté, y compris l’orthographe, au désormais quasi historique « iTunes ». Dans sa nouvelle version, où « b » signifie désormais Betsy, ce titre désigne un recueil de courtes pièces écrites au fil des ans pour divers pianistes, dont bien sûr Nicolas Hodges. L’œuvre qui en résulte peut être considérée comme une sorte de « suite » moderne, évoquant la façon dont la plupart des gens écoutent la musique aujourd’hui : à travers des playlists.
Betsy Jolas






